"J’ai le goût le plus vif pour la langue et pour les oeuvres de notre midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J’aime notre langue et j’aime la parler”.
Jean Jaurès, La Dépêche (27 septembre 1909)
La lenga d'òc es polida,Es una istòria, Es una escòla, Es una escritura
La lenga d'òc es una fèsta, Se dança, Se canta, Se sauta
La lenga d'òc es una pintura, Ont i a una avelana, Una castanha, Una oliva
Es per aquò que m'agrada
(in Caminant, ed. Cardabelle)
Jouxtant le canal de Brienne, l'intersection des rues de Barcelone, Paul Séjourné et la partie terminale du Boulevard Lascrosse fait place à un jardin public arboré de forme triangulaire, espace vert avec terrain de pétanque, que les toulousains appellent "jardin de l'Herakles", du nom d'une célèbre statue de Bourdelle qui en orne le centre.
C'est l'occasion de se souvenir et de rendre hommage au bon Docteur Paul Voivenel (1880-1975), éminent humaniste, Médecin et Neuropsychiatre de grand talent (sa thèse, Littérature et Folie" de 1908 est célèbre), philosophe et écrivain auteur de plus de 50 ouvrages, chroniqueur littéraire de multiples journaux dont le "Mercure de France" et le "Figaro Littéraire", ami des plus grands intellectuels de son temps, et surtout un des père du rugby toulousain puisqu'il fusionna en 1907 le club d'étudiants qu'il animait (le SOET) avec les non étudiants du SAT et ceux de l'Ecole Vétérinaire pour créer le Stade Toulousain. Joueur (pilier), puis éminent dirigeant du Stade Toulousain, il ne cessa jamais, malgré ses activités proteiformes, de se passionner pour ce sport et son club et oeuvra pour eux jusqu'à sa disparition en 1975.
A plus de 90 ans, sous le pseudonyme "La Selouze", il rédigeait encore de passionnantes chroniques pleines de verdeur, d'insolence et d'esprit au journal "Midi Olympique", bible du rugby hexagonal, dont il fut l'un des premiers reporters bénévoles, et dont le talent et l'esprit firent beaucoup pour le renom de cet hebdomadaire. Il est également le créateur de la "Ligue des Pyrénées" de rugby, qu'il présida durant plusieurs décennies. Mais le grand choc de sa vie reste la Guerre de 14-18, qu'il tint, malgré son grade d'Officier attaché à son titre de Médecin, à disputer en première ligne, toujours proche de ses compagnons du Stade Toulousain, mobilisés au sein du 259e Régiment d'Artillerie ; outre des découvertes et avancées importantes dans le domaine de la neuropsychiatrie qu'il en retira (concepts de "peur morbide acquise par hémorragie de la sensibilité" qui lui valurent la reconnaissance de la communauté scientifique), il nous laisse un remarquable témoignage de ses souvenirs de guerre, publié en 1939 sous le titre "Avec la 67e Compagnie de Réserve", qui fut honoré du Grand Prix de l'Académie Française.
Exceptionnel chef d'oeuvre d'ingénierie civile du Grand Siècle, le canal du Midi, conçu par la volonté d'un homme qui s'est ruiné pour le réaliser et a coûté la vie à 30000 hommes, relie par voie navigable océan Atlantique et mer Méditerranée. Il figure à l'inventaire du Patrimoine mondial de l'humanité établi par l'UNESCO (preuve qu'il n'est nul besoin de courir sur la Grande Muraille de Chine ou au Taj-Mahal en Inde pour trouver de telles oeuvres). Toulouse est fort bien lotie en la matière puisque figurent en outre sur l'inventaire les incontournables chefs d'oeuvre sur les chemins de saint Jacques de Compostelle que sont la basilique St Sernin, l'abbaye dominicaine des Jacobins, la Cathédrale Saint-Etienne et l'Hôtel Dieu Saint-Jacques !).
Dans l'inconscient de tout toulousain, cet ouvrage est figuré par le Port de l'Embouchure, notamment parce que les Ponts Jumeaux qui l'enjambent étaient jusqu'à la moitié des années 1970 l'accès incontournable et direct à l'ancien Stade Ernest Wallon (aujourd'hui détruit et remplacé par la rocade, le nouveau stade bien plus vaste et confortable ayant été déplacé de quelques centaines de mètres aux Sept-Deniers).
Initialement (1681), le Canal du Midi n'accédait pas à la Garonne ; c'est pour permettre cette liaison que les états du Languedoc, représentés par le Cardinal Lamennais de Brienne, firent creuser entre 1768 et 1775 le canal éponyme qui relie le port de l'Embouchure à la Garonne, via l'Eglise Saint-Pierre-des-Cuisines, en contournant la jetée du Bazacle)