"J’ai le goût le plus vif pour la langue et pour les oeuvres de notre midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J’aime notre langue et j’aime la parler”.
Jean Jaurès, La Dépêche (27 septembre 1909)
La lenga d'òc es polida,Es una istòria, Es una escòla, Es una escritura
La lenga d'òc es una fèsta, Se dança, Se canta, Se sauta
La lenga d'òc es una pintura, Ont i a una avelana, Una castanha, Una oliva
Es per aquò que m'agrada
(in Caminant, ed. Cardabelle)
(Reproduction de la notice distribuée aux touristes dans la basilique pour guider leur visite, éditée par le Comité de presse Saint-Sernin - 13, Place Saint-Sernin à 31000 TOULOUSE)
Programmés pour se dérouler de février 2010 et décembre 2012, les travaux de réaménagement de la prestigieuse rue Alsace-Lorraine, axe nord-sud de la ville, visent à muer en zone piétonnière et cycliste cette grande voie haussmanienne, tout en la reverdissant avec la plantation de groupes d'arbrisseaux de moyenne hauteur.
La création de ce grand axe au XIXème siècle fut à l'origine de la destruction controversée en 1869 de toute la partie sud du remarquable couvent des Augustins, dont un immense réfectoire surmonté du dortoir des moines ; la partie nord-est nous est heureusement parvenue intacte, abritant depuis 1791 le musée municipal des beaux arts, connu notamment pour la richesse de ses collections de sculptures romanes, provenant pour la plupart des démolitions effectuées dans les abbayes toulousaines, comme l'abbaye de saint Sernin, le couvent des Jacobins, la Basilique de la Daurade, le couvent des Cordeliers ...
Le 12eme siècle, dit siècle de Saint- Bernard, fut celui des cisterciens, de ces moines vivant dans le dépouillement absolu du travail de leurs mains et de prière dans des abbayes coupées du monde et du siècle, expression d'une société rurale, où est prégnante l'idée que par la vie sainte qu'ils mènent au fond de leur solitudes et par leurs prières, quelques saints hommes peuvent rachèter les péchés du monde et intercéder pour l'accès de tous au Paradis. Même les plus sombres crapules de l'époque, les seigneurs les plus cruels et sanguinaires de ce temps, rachètent leur place au paradis par leurs dons généreux aux plus saints parmi les saints, les moines cisterciens.
Du fait de leur antiquité, ni la Basilique Notre-Dame de la Daurade, ni l'Eglise Saint-Pierre des Cuisines, qui furent au-cours de leur histoire des abbayes bénédictines toulousaines de renom, ne peuvent postuler au rang des fondations bénédictines médievales.
Car toutes deux plongent leurs racines dans le bas-empire romain d'occident, dans un temple païen désaffecté pour la première, dans une nécropole romaine pour la seconde ...
Notre-Dame de La Daurade figure au rang des bâtiments les plus connus de Toulouse ; elle fait figure d'image d'Epinal sur toutes les réprésentations de la rive droite de la Ville .
Traversant le Pont-Neuf depuis Saint-Cyprien, impossible de ne pas remarquer cette imposante façade de temple antique à six colonnes, à proximité de la façade néo-classique de l'Ecole de Beaux -Arts, toutes deux surveillées en arrière-plan par l'imposant vaisseau du Cloître des Jacobins et son admirable clocher, faisant face sur la rive gauche du fleuve à l'Ostal Dieu (Hôtel Dieu), premier et plus ancien établissement hospitalier toulousain, puisque remontant aux XIIe et XIIIe siècles
Côté Place de la Daurade, qui surplombe le quai éponyme, port de pêcheurs de Garonne des siècles derniers, plusieurs pancartes bien mises en valeur renseignent le passant :
L'ancian loc de culte paleocrestian foguèt adobat e restaurat de fons a cima als sègles XVII e XVIII. Primièr priorat clunisenc dependant de l'abadia de Moissac, lo manastèri foguèt demest los mai rics de la ciutat. Pr'amor de l'aur dels masaïcs, la glèisa se diguèt Nostra Dona la Daurada. S'acabèt la colonada sonque en 1884.
Car bien entendu, l'Eglise actuelle n'a rien à voir avec les bâtiments primitifs ; initialement, s'élevait en ce lieu un sanctuaire païen en brique dédié à Apollon, de forme "décagonale" nous disent les historiens, surmonté d'une coupole côtelée ; alors que l'Empire romain d'Occident, en pleine décadence, est dirigé vers 410 par Flavius Honorius, un des nombreux empereurs éphémères qui se succèdent alors, pathétiques marionnettes au service des légionnaires qui les ont désigné (en ce temps, être choisi Empereur équivaut à une condamnation à mort) et n'hésiteront pas à s'en débarrasser pour une raison ou son contraire ..., il remet aux chrétiens des temples désaffectés, dont celui de La Daurade, afin qu'ils les utilisent pour leur culte.
La Place Saint-Pierre, sur la rive droite de la Garonne, ouverte sur le fleuve dont le cours devant elle est brisé par la chaussée naturelle du Bazacle, voit s’étaler le panorama de la rive gauche marqué par le dôme majestueux de l’Hôpital de la Grave. A gauche, on distingue le quai de la Daurade, avec l’immense bâtiment de l’Hotel-Dieu campé depuis bientôt dix siècles sur l’autre rive ; sur sa droite, entre fleuve et canal, le quartier du Bazacle, enserré par le Canal de Brienne doublé des allées de Brienne et de Barcelone, qui depuis le XVIIIe siècle relie le Canal du Midi au fleuve depuis les Ponts-Jumeaux en évitant la chaussée.
Cette Place est l'une des plus animées de la ville ; peut-être parce que toute proche de l'Université des Sciences Sociales qui déploie tout autour bâtiments et campus, où qu'elle est le rendez-vous incontournable des supporters du Stade Toulousain qui ne manquent jamais de venir y fêter leurs plus retentissants succès.
Et derrière elle, l’Eglise saint Pierre des Cuisines, dominée et prolongée par le Dôme de l’abbaye des Chartreux, à laquelle elle fut intégrée de la fin du XVIe siècle à la révolution, ne saurait masquer par sa massive architecture occitane de brique rouge ni la profondeur de son histoire, ni les multiples modifications dont les siècles l’affublèrent. Son patronyme viendrait du don initial que firent en 1067 le Comte de Toulouse, Guilhem (comte de Toulouse de 1060 à 1088), et sa mère Almodis à l'abbaye clunicienne de Moissac et à son abbé Durand, de la terre allodiale sur laquelle était érigée l'Eglise ; elle était alors située hors les murs de la ville, dans le bourg de saint-Sernin, et ses habitants étaient de petits artisans, vivant essentiellement de métiers polluants, comme la tannerie. A l'occasion de ce don, ils furent exemptés du paiement des cens et redevances qu'ils devaient pour leur activité de tannerie, et obtinrent privilège de cuisson du pain dans les fours qu'ils bâtiraient, sans passer par les fours comtaux. Cette terre fut donc appelée "de coquinis", "des cuisines", en raison du privilège donné aux tenanciers de faire cuire leur pain sans payer aucun droit.